Le blé Margherito (souvent associé ou assimilé au blé Bidì) est l’une des variétés anciennes de blé dur (Triticum durum) les plus emblématiques de l'île de Sicile, en Italie.
Le Margherito trouve ses racines directes au Maghreb. Ses ancêtres proviennent d'une population de blés durs autochtones tunisiens connue sous le nom de Mahmoudi.
L'histoire du Margherito croise celle du plus célèbre généticien des blés italiens, Nazareno Strampelli.
En 1915, alors qu'il cherche à améliorer la productivité des blés italiens, Strampelli utilise précisément des souches de la population tunisienne Mahmoudi (la même qui a donné le Margherito). Par sélection génétique, il crée la variété historique Senatore Cappelli.
Le Margherito est donc considéré en agronomie comme le « frère jumeau » ou le cousin germain du Senatore Cappelli. Cependant, contrairement à ce dernier qui a été sélectionné en laboratoire, le Margherito est resté une variété de pays (landrace) pure, évoluant librement et de manière paysanne dans le terroir sicilien.
Après la Seconde Guerre mondiale, la "Révolution Verte" et la quête de rendements intensifs poussent les producteurs à délaisser le Margherito. Sa production de grains (environ 15 quintaux par hectare) était moitié moindre que celle des blés modernes courts. Il disparaît presque totalement des plaines siciliennes.
Le blé doit son salut à la Station expérimentale de graniculture de Caltagirone, en Sicile. Cette banque de gènes a conservé et préservé les semences d'origine. Au début des années 2000, à partir de quelques centaines de grammes de grains fournis par la Station, des coopératives de paysans bio (comme le collectif Valdibella) ont remultiplié la semence.
Le regain d'intérêt pour le Margherito s'explique aussi par une raison juridique très moderne : la variété Senatore Cappelli étant protégée par des brevets et soumise à des royalties pour les agriculteurs, de nombreux paysans siciliens se sont tournés vers le Margherito, qui est un blé libre de droits, appartenant au patrimoine public régional.