Blé dur Population INRAE

Triticum durum (Blé dur)

Période d'apparition

Antiquité à nos jours

En mélangeant des variétés anciennes de blés durs (comme le Bidi, le Margherito, le Senatore Cappelli et bien d'autres lignées méditerranéennes), l'INRAE a recréé une réserve de biodiversité à ciel ouvert.

Pour créer la base génétique la plus large possible, les chercheurs de Montpellier (notamment l'équipe du généticien Jean-Claude David) ont réuni et croisé différents génomes de blés durs :

  • Des variétés traditionnelles et de pays : Des blés durs anciens issus de tout le bassin méditerranéen (Italie, Espagne, Afrique du Nord, Grèce) réputés pour leur immense rusticité.
  • Des sous-espèces sauvages et primitives : Des formes ancestrales de Triticum turgidum (comme des amidonniers ou des blés sauvages) pour réinjecter des gènes de résistance oubliés par l'agriculture moderne.
  • Le secret technique (La stérilité mâle) : Pour forcer ces dizaines de blés différents à se croiser naturellement entre eux (ce que le blé fait très rarement tout seul, car il s'autoféconde), les scientifiques ont introduit une lignée possédant une stérilité mâle spontanée. Bloquées dans leur autofécondation, ces plantes ont été obligées de recevoir le pollen des variétés voisines.

Ce grand brassage a créé une population unique aux milliards de combinaisons génétiques possibles.

Une fois ce grand mélange de variétés anciennes et sauvages stabilisé par l'INRAE, les chercheurs ne l'ont pas gardé en laboratoire. Ils l'ont partagé avec des réseaux comme le Réseau Semences Paysannes et des paysans du Sud de la France (Occitanie, PACA).

Chaque agriculteur est reparti avec un sac de ce grand mélange "générique" et l'a semé chez lui.

Blé dur Population INRAE

Ploïdie

Blés tétraploïdes

Origine historique

L’origine précise de ce blé dur de population de l’INRAE remonte à un programme scientifique et participatif pionnier initié à la fin des années 1990 (à partir de 1997) au centre INRAE de Montpellier.

Ce projet s'appelle techniquement la population EPO (Evolutionary Prebreeding durum wheat population), ou Population Évolutive de Blé Dur.

C'est là que l'histoire prend tout son sens. Depuis plus de 10 à 15 ans, ces mélanges de blés durs anciens vivent en plein champ.

Au fil des saisons :

  • Dans les zones très arides (comme dans l'Aude ou le Gard), la sécheresse a éliminé les brins fragiles. Seules les variétés anciennes adaptées au manque d'eau ont produit des grains.
  • Dans les zones plus fraîches, ce sont les brins résistants à l'humidité qui ont pris le dessus.

L'origine de ce blé de l'INRAE est donc double : il est né d'un savoir scientifique à Montpellier qui a réuni le patrimoine mondial des blés durs anciens, et il a été finalisé par le savoir-faire des paysans et la sélection naturelle directement dans les terroirs.

Phénotype

Le phénotype de la population évolutive de blé dur de l'INRAE (issue du projet EPO) est fascinant : puisqu'il s'agit d'un mélange de dizaines de variétés anciennes, il ne possède pas un profil fixe, mais une incroyable hétérogénéité visuelle et une plasticité agronomique unique.

  • Une "mer" d'épis de toutes les tailles : Le champ offre un aspect très vallonné. Contrairement aux cultures industrielles parfaitement rectilignes, on observe ici des variations de hauteurs importantes (allant de 1m20 à plus de 1m60), l'héritage des différentes lignées ancestrales qui s'expriment côte à côte.
  • Une combinaison de couleurs et de barbes : Le champ mélange des épis très denses à de longues barbes blondes, rousses, brunes, ou d'un noir profond (issues de parents comme les blés de type Bidi ou Margherito). À maturité, la parcelle arbore une mosaïque de couleurs chaudes.
  • Le grain : Les cariopses (grains) récoltés sont typiques du blé dur : gros, allongés, très lourds et d'un aspect très vitreux. Leurs teintes varient du jaune ambré au brun doré.

Agronomie

  • L'effet "tampon" face au climat : C'est le cœur de sa réussite. Face à une canicule ou une sécheresse intense, les individus du mélange ayant un système racinaire très profond (phénotype hérité des blés anciens du Maghreb) prennent le relais et assurent la récolte, là où d'autres brins souffrent.
  • Immunité de groupe contre les maladies : Si un champignon (comme la rouille ou la fusariose) s'introduit dans la parcelle, il ne peut pas se propager à tout le champ car les plantes voisines ont des profils génétiques différents et font office de barrière naturelle. Le champ se passe ainsi totalement de fongicides.
  • Nettoyeur de sol : La forte biomasse et la hauteur des grands brins étouffent naturellement la concurrence des mauvaises herbes (adventices).
  • Sensibilité modérée à la verse : Grâce à la présence conjointe de tiges très hautes et souples et de tiges un peu plus courtes et rigides, le mélange a tendance à mieux se soutenir mutuellement face au vent qu'une variété ancienne cultivée seule.

Blé dur Population INRAE

Quelques produits issus de cette variété

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