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Dormance et résilience : l’incroyable renaissance des graines du dattier de Judée à Massada

Publié par Les Maitres de mon Moulin Les Maitres de mon Moulin le

Et si la vie pouvait se mettre en pause pendant des millénaires avant de renaître, par le seul élan vital ? À Massada, forteresse millénaire perchée au-dessus de la mer Morte, des graines vieilles de 2000 ans ont défié le temps grâce à un phénomène fascinant : la dormance. Entre histoire antique, siège romain et prouesse scientifique, cette renaissance inattendue révèle l’incroyable capacité du vivant à suspendre son métabolisme, préserver son intégrité biologique et demeurer en veille, jusqu’à ce que les conditions redeviennent propices à l’expression de la vie.

La forteresse de Massada : un refuge stratégique sous Hérode Ier le Grand

Dans les années 30 av. J.C. Hérode Ier le Grand, Roi de Judée, aménage la forteresse de Massada en vue de servir de refuge lors d’éventuelles révoltes intérieures ou bien d’une invasion égyptienne, Cléopatre se montrant désireuse d’ajouter la Judée à son Royaume d’Egypte.

 

Carte extraite de l’Encyclopédie Universalis 

 Massada, forteresse perchée sur un plateau rocheux, entourée de falaises de plus de 400 mètres, totalise environ 16 hectares,  surplombe la Mer Morte et est conçue pour être imprenable.

La révolte juive et le siège de Massada par les Romains

Hérode meurt en l’an 4 avant J.C. Massada sombre dans le déclin et n’y séjourne plus qu’une petite garnison romaine. En 66 après J.C, les juifs de Palestine se soulèvent contre l’empire romain. Les Zélotes prennent alors Massada et y accueillent les rebelles en fuite.

Mais en 66 de notre ère, les romains reprennent très vite le contrôle de Jérusalem et lors de la destruction du Temple par les romains Massada reste le refuge des derniers partisans. Les juifs vont réussir à tenir la forteresse durant 3 ans. En 73, après un siège de 7 mois,  les romains réussissent à atteindre la forteresse en construisant un ouvrage immense pour y parvenir; une rampe toujours visible à l’ouest de la forteresse permettant de hisser les garnisons à hauteur du plateau supérieur. Un bélier va servir à transpercer les remparts et prendre possession des lieux. Juste avant l’entrée des romains au sein de la forteresse les 960 juifs se sont tous suicidés (il y aurait eu juste quelques survivants) après avoir mis le feu à la forteresse et aux incroyables et gigantesques stocks de nourriture. 

Une découverte archéologique exceptionnelle 

En 1965 des chantiers de fouilles sont lancés dans la forteresse. Les archéologues vont découvrir, enfouies sous les décombres, des graines de dattes datant de cette lointaine époque. Ces graines vont être conservées pendant près de quarante ans dans des tiroirs jusqu'à ce que l'équipe dirigée par le Dr Sarah Sallon, du Centre médical Hadassah, à Jérusalem, décide en janvier 2005 de tenter de faire germer trois de ces «survivantes».

À l'ouest de la forteresse, la rampe construite par les Romains, encore présente de nos jours.

Les graines du dattier de Judée, retrouvées dans la forteresse de Massada © Guy Eisner - Courtesy of Science Magazine

Mathusalem : si le grain ne meurt ... 

La datation au carbone 14 confirme bien l’âge de ces graines : -2.000 ans (+ou- 50 ans). Huit semaines après avoir été semées, une d’elles germe ! Elle sera nommée Mathusalem. Sortant de terre, elle pulvérise le précédent record de longévité, détenu par une graine de lotus qui avait « ressuscité » au bout de (seulement…) mille trois cents ans.

Plantée en 2011, Mathusalem était un pied mâle. Incapable de se satisfaire d'un palmier sans fruit, Sarah Sallon est partie en quête d'autres graines et en a obtenu une trentaine, découvertes dans des caves du désert de Judée, dont Qumrân, célèbre pour les manuscrits de la mer Morte qui y ont été retrouvés.

Pour la scientifique :

"L'environnement unique de la mer Morte a contribué à préserver les graines, non seulement en raison de l'aridité mais aussi de l'atmosphère, à 400 mètres au-dessous du niveau de la mer, qui y est la plus dense au monde".

Hannah et la renaissance du dattier de Judée

Surprise ou petit miracle : l'une des graines germe et est un plant femelle, baptisé "Hannah" et transplanté en 2019. Dans les années suivantes, "Hannah" va livrer ses premières dattes, puis, au mois d'août dernier, une récolte abondante: 800 dattes marron clair, légèrement sèches mais au délicat goût de miel, dont quelques-unes seront mises en vente prochainement.

Depuis, "Hannah" a une soeur, "Judith", mise en terre fin septembre.

« C'est une lueur d'espoir. Cela montre que la nature a plus d'un tour dans son sac", assure Sarah Sallon, inquiète de l'extinction. Elle peut laisser ses graines dormir pendant des milliers d'années, nous laisser penser qu'elles ont disparu et il suffit d'une paire de mains en or pour les ramener à la vie ».

Quelle leçon, quelle belle leçon. 

La dormance : le grain ne meurt jamais 

La grande interrogation qui en émane est la « dormance ». Notion au sens large de « vie au ralenti » la dormance est un aspect fascinant du monde du vivant. Bien sûr nous connaissons les phases d’hibernation de certains animaux (le hérisson, le loir, la marmotte, la tortue, etc.) mais quel émerveillement que les pouvoirs de dormance de certains organismes du monde végétal. Attendre le moment opportun, avoir des informations fiables que le moment est bien opportun, activer le pouvoir de reviviscence et faire redémarrer la Vie. Autant d’aspects qui nous interrogent et recèlent à l’évidence grandes sources d’espoirs, d’espérance devrions-nous dire. 

Une leçon d’espoir venue du vivant

Nous pouvons aussi nous plonger dans une approche extrêmement positive de ces principes. Nous pouvons aussi profiter d’une période de l’année, d’une année qui débute, non pas pour dormir au sens propre du terme, mais pour une forme de ralentissement au sens physique du terme afin de concentrer nos énergies pour relancer, réorienter, faire évoluer nos activités ou bien en démarrer de nouvelles.